Regard sur l’éducation selon Pierre Rabhi

(c) Federation Ecoles Waldorf
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Agriculteur, écrivain, philosophe et conférencier français d’origine algérienne, Pierre Rabhi est l’un des pionniers de l’agroécologie. Rappelons que si Rudolf Steiner est à l’origine de la pédagogie Waldorf‐Steiner qui est désormais enseignée dans près de 1000 écoles dans le monde, il est aussi, avec son disciple Ehrenfried Pfeiffer l’un des pionniers de l’agriculture biologique/bio‐dynamique. Et ce sont ces pratiques agricoles et leur vision du Vivant qui ont inspiré Pierre Rabhi qui a ensuite développé le concept d’agroécologie. Pierre Rabhi a également lancé le mouvement Colibri où il est question d’agriculture mais également notamment d’éducation.

Nous avons recueilli ci-dessous quelques citations de Pierre Rabhi sur ce sujet et qui résonne avec la pédagogie Steiner-Waldorf.

« Quand on parle d’éducation, je ne la réduis pas à un principe ou à une thématique. Aujourd’hui, je suis préoccupé par ce qu’on entend par l’éducation globale et la partie qui est reliée strictement à la nature dans cette globalité. Aujourd’hui, on ne peut pas prétendre que l’éducation soit en phase avec les réalités Aujourd’hui, avec les défis qu’aura l’enfant d’aujourd’hui à affronter quand il sera adulte. En tant que père de famille, je ne pourrai pas dire à mon enfant – si tu travailles bien, tu auras un boulot- C’est impossible à dire parce que nous sommes complètement dans l’incertitude. Aujourd’hui, quand l’enfant arrive, on lui présente le monde comme une arène où il doit se battre pour gagner ce qui veut dire compétitivité, etc… Et on a plus a plus l’impression que l’on prépare des soldats de l’économie bien plus que véritablement des êtres épanouis.

(c) Ecole Perceval
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 Notre préoccupation, c’est l’épanouissement de la personne avant d’aller vers sa fonction. Parce que si la personne est épanouie, elle assumera sa fonction. Deuxièmement, il faut que l’enfant sente non pas que l’autre c’est son rival mais que l’autre c’est son complément et que dans une classe on est là pour mutualiser nos talents. Pas pour dire qu’il y a un talent plus grand que l’autre avec des classifications du meilleur, du brillant… Cela ne prépare pas à une société conviviale, solidaire qui sera obligatoire pour demain. Troisièmement, on a beaucoup méprisé le travail manuel. Hors quand on regarde les mains, c’est une merveille, ce sont des outils extraordinaires et l’évolution du cerveau dans un rapport aux mains. Les mains ont fait évoluer le cerveau et imaginer que nous n’ayons pas de mains, nous n’aurions pas de maisons, nous n’aurions rien du tout. Le travail manuel doit donc être repris comme quelque chose d’extrêmement épanouissant. Le rapport à la nature est une évidence. Nous sommes des enfants de la nature et nous sommes ignorants de ce phénomène de la nature qui nous a donné existence. Donc la moindre des choses, c’est de savoir quelle est la matrice qui nous a porté et qui continue à nous porter et à nous nourrir. Il y a le rapport féminin masculin. Il faut dès l’enfance mettre en évidence que la petite fille et le petit garçon sont des êtres complémentaires, en cessant de les appeler sexes opposés, permettant d’aboutir à une société d’équilibre. Ensuite, il faut éduquer la tempérance. On ne peut pas prétendre être sur une planète limitée et avoir des prétentions illimitées. Et le gros problème de la société d’aujourd’hui, c’est que l’on n’a pas compris, il faut une civilisation de la modération. Et cela il faut l’apprendre à l’enfant. Eduquer l’enfant à ne pas être un gaspilleur, un destructeur, un casseur comme on le voit aujourd’hui, insatiable, tourmenté parce qu’il n’a pas d’enracinement dans la réalité tangible, il est dans une espèce de virtualité par rapport même avec ce qu’il consomme […]. Il faut donc une éducation, prenant en compte bien sûr le rapport à la nature, qui replace l’enfant dans un contexte intelligible pour lui.»
Mouvement Colibri
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« Réussir, qu’est-ce que cela signifie ? On peut avoir réussi socialement et échoué humainement. Et, dans les temps incertains que nous vivons, même la réussite sociale n’est plus garantie. Aujourd’hui, je ne me vois pas dire à mes enfants : « Travaille bien et tu réussiras. » Je ne l’ai d’ailleurs jamais fait. Notre système éducatif conforme l’humain aux compétences dont la société a besoin. Il s’agit de les adapter à un « programme », à une « carrière ». Je crois davantage à une pédagogie qui accompagne l’enfant dans la connaissance de lui-même. Notre rôle est de lui dire : « Trouve ta place », sans le pousser dans le sens où nous voudrions qu’il aille. De grandes contestations, telle celle de 1968, correspondent à ce refus d’une éducation ressentie comme n’étant plus en accord avec les aspirations de toute une génération. Aujourd’hui, une autre forme de contestation se fait

(c) Ecole Perceval
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sentir à travers la multiplication d’écoles alternatives, à l’initiative de parents convaincus que la réforme de la société ne peut se faire sans une réforme de l’enseignement. Il est urgent d’éradiquer ce principe de compétition qui place l’enfant, dès sa scolarité, dans une rivalité terrible avec les autres et lui laisse croire que s’il n’est pas le meilleur, il va rater sa vie. Beaucoup répondent à cette insécurité par une accumulation stupide de richesses, ou par le déploiement d’une violence qui vise à dominer l’autre, que l’on croit devoir surpasser. Aujourd’hui, on est tout fier lorsqu’un enfant de 5 ans sait manipuler la souris de l’ordinateur et compter parfaitement. Très bien. Mais trop d’enfants accèdent à l’abstraction aux dépens de leur intériorité, et se retrouvent décalés par rapport à la découverte de leur vraie vocation. Dans notre jeune âge, nous appréhendons la réalité avec nos sens, pas avec des concepts abstraits. Prendre connaissance de soi, c’est d’abord prendre connaissance de son corps, de sa façon d’écouter, de se nourrir, de regarder, c’est ainsi que l’on accède à ses émotions et à ses désirs. Quel dommage que l’intellect prime à ce point sur le travail manuel. Nos mains sont des outils magnifiques, capables de construire une maison, de jouer une sonate, de donner de la tendresse. Offrons à nos enfants ce printemps où l’on goûte le monde, où l’on consulte son âme pour pouvoir définir, petit à petit, ce à quoi l’on veut consacrer sa vie. Offrons-leur l’épreuve de la nature, du travail de la terre, des saisons. L’intelligence humaine n’a pas de meilleure école que celle de l’intelligence universelle qui la précède et se manifeste dans la moindre petite plante, dans la diversité, la complexité, la continuité du vivant. »
Blog Pierre Rabhi désormais hors ligne

« L’enfant selon Pierre Rabhi

Il est urgent d’éradiquer ce principe de compétition qui place l’enfant, dès sa scolarité, dans une rivalité terrible avec les autres et lui laisse croire que s’il n’est pas le meilleur, il va rater sa vie. Beaucoup répondent à cette insécurité par une accumulation stupide de richesses, ou par le déploiement d’une violence qui vise à dominer l’autre, que l’on croit devoir surpasser. Aujourd’hui, on est tout fier lorsqu’un enfant de 5 ans sait manipuler la souris de l’ordinateur et compter parfaitement. Très bien. Mais trop d’enfants accèdent à l’abstraction aux dépens de leur intériorité, et se retrouvent décalés par rapport à la découverte de leur vraie vocation.
Dans notre jeune âge, nous appréhendons la réalité avec nos sens, pas avec des concepts abstraits. Prendre connaissance de soi, c’est d’abord prendre connaissance de son corps, de sa façon d’écouter, de se nourrir, de regarder, c’est ainsi que l’on accède à ses émotions et à ses désirs. Quel dommage que l’intellect prime à ce point sur le travail manuel. Nos mains

(c) Ecole Perceval
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sont des outils magnifiques, capables de construire une maison, de jouer une sonate, de donner de la tendresse.
Offrons à nos enfants ce printemps où l’on goûte le monde, où l’on consulte son âme pour pouvoir définir, petit à petit, ce à quoi l’on veut consacrer sa vie. Offrons-leur l’épreuve de la nature, du travail de la terre, des saisons. L’intelligence humaine n’a pas de meilleure école que celle de l’intelligence universelle qui la précède et se manifeste dans la moindre petite plante, dans la diversité, la complexité, la continuité du vivant.
»
Source : Education relationnelle

« J’aspire à des écoles qui, bien sûr, prodigueraient l’enseignement conventionnel, mais qui, aussi, disposeraient d’un jardin où les enfants pourraient se relier au vivant en cultivant par eux-mêmes, en observant la nature et ses miracles permanents. J’aimerais aussi que chaque établissement dispose d’un atelier de travaux manuels, atelier qui ne contiendrait aucun outil perfectionné afin que ces jeunes découvrent le potentiel extraordinaire de leurs mains.
Changer l’école me semble essentiel pour envisager la construction d’un futur pour l’humanité, même si cela ne pourra pas nous dédouaner de ce que j’appelle la puissance de la modération. La croissance économique n’est pas un projet viable de société ni l’unique levier capable de nous apporter la prospérité. La surexploitation des ressources naturelles nous mène tout droit à des impasses sociales et écologiques. Cela a-t-il du sens de naître uniquement pour consommer et produire ? Cela a-t-il du sens de n’être qu’un rouage d’une machine économique infernale qui, comme un alambic produit des dollars concentrés dans les mains d’une minorité d’humains au détriment de tout le reste ?
L’école a donc un rôle majeur, celui d’ouvrir les jeunes sur le vivant. Alors ils seront mieux armés pour comprendre qu’il nous faut en finir avec nos attitudes pillardes et prédatrices, en finir avec notre boulimie de biens. »
Source : Vousnousils.fr

A propos de Pierre Rabhi

Agriculteur, écrivain, philosophe et conférencier français d’origine algérienne, Pierre Rabhi est l’un des pionniers de l’agroécologie reconnu expert international pour la lutte contre la désertification. Il est à l’origine des associations Colibris  et Terre & Humanisme , du centre agroécologique Les Amanins et auteur de nombreux ouvrages : L’agroécologie, une éthique de vie, Du Sahara aux Cévennes ou la reconquête du songe, Graines de Possibles, Regards croisés sur l’écologie, Manifeste pour la Terre et l’Humanisme, La Sobriété Heureuse, Pierre Rabhi, Semeur d’Espoirs…

Article rédigé par un collectif de l’école Perceval
Mis en ligne le 27 Décembre 2016

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